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Une recension de “Après le chaos” de David Baverez

David Baverez avait retenu l’attention du Jury Turgot en 2024 avec un livre intitulé “la guerre économique”, (édition Novice 2024) nominé pour le grand Prix 2025. Investisseur à Hong Kong et essayiste en Europe, comme il se présente lui-même. Depuis plusieurs années David Baverez insiste sur la montée en puissance de la Chine qu’il observe de près. Avec ce livre il tire des conclusions des récents évènements, conséquences des actions du Président Trump et de son administration d’une part et des initiatives chinoises d’autre part.

L’auteur met en avant le Liberation day et ses suites qui traduisent la réaction d’une « hégémonie financière [dominée par les Etats-Unis] face à une hégémonie manufacturière » emmenée par la Chine. Les raisons de cette réaction, il les partage avec l’administration Trump : insoutenabilité des déficits commerciaux américains, mise en danger du statut du dollar. Dans la ligne de son précédent ouvrage, il qualifie la situation actuelle de guerre monétaire. De la même façon la résistance des Chinois et surtout l’initiative d’inviter le 3 septembre 2026 à la tribune officielle à Pékin le leader de la Corée du Nord ont signifié le « divorce des noces d’argent de la globalisation heureuse ».

Tous ces évènements ont leurs origines dans des évènements subis, la crise de 2008, ou fruits de volontés comme le plan chinois 2015 de montée en gamme qui a permis de construire une industrie chinoise capable de produire non seulement ce que l’Occident ne voulait plus produire mais également ce qu’il souhaitait continuer à produire.

Pour aborder l’Europe, il parle de « l’étrange défaite » en reprenant le titre du célèbre livre de March Bloch sur la guerre de 1939-1940, tant elle est prise à contrepied sur ses principales stratégies, dépendance manufacturière contre déflation face à la Chine et dépendance militaire contre économie budgétaire face aux États-Unis. Face à de tels constats, David Baverez ne cède pas au pessimisme et propose des analyses rapides dans lesquelles l’IA a sa place sur les changements à venir, non seulement dans l’organisation, les stratégies et les besoins des entreprises mais aussi dans l’analyse de celles-ci.

Dans ce contexte européen piteux, le cas français n’est pas brillant, il décrit des élites politiques déconsidérées et inadaptées. Il propose donc d’adopter une nouvelle gouvernance avec par exemple l’institution d’un comité de 7 sages. Nostalgie du Conseil National de la Résistance (CNR) qui a su fonder un modèle social, peut-être, en tout cas il appelle à « brancher le Turgot » pour trouver une collaboration public-privé pour refonder un système équilibré.

Les limites de cet exercice brillant et pertinent sur l’analyse des économies des grands bloc, résident de notre point de vue principalement dans l’absence de réflexion sur la nature des échanges et le rôle du système monétaire international dans les dysfonctionnement actuels. En effet, même si l’auteur aborde le sujet de la guerre des monnaies, elle est envisagée dans le cadre du dispositif actuel dérivé du système de Bretton Woods et de son adaptation après la fin de la convertibilité du dollar (1971), et les accords de la Jamaïque (1976) qui consacrent l’abandon des parités fixes et de la référence à l’étalon or.

L’auteur appelle à des réformes radicales mais aucune ne concerne le système monétaire. Il n’y a pas de question sur le contrôle des capitaux chinois et les effets de l’accumulation de réserves et d’actifs libellés en dollar.

Or, il nous semble qu’il s’agit certes d’un nœud caché, peu commenté et discuté mais essentiel car il concerne la « nature » de l’échange entre zones monétaires. Depuis 1971 les contreparties essentielles face aux déficits sont des instruments soit monétaires soit de crédit. Elles sont appelées, à tort de mon point de vue, “excédents d’épargne” car ces capitaux relèvent davantage du crédit fournisseur incitant à la poursuite des achats que de l’épargne. Or, ces capitaux ne quittent pas la zone dollar, ainsi l’échange de biens réels fabriqués en Chine contre ce qui est une dette libellée en dollar apparaît problématique.  Pas plus qu’une entreprise ne s’enrichit en prêtant à ses clients pour leur vendre sa production, la richesse d’un pays ne peut pas être constituée durablement de titres de créances sur des pays clients.

Il y a donc là matière à des changements radicaux peut-être plus structurants qu’on pourrait le penser et que l’auteur aurait intérêt à creuser davantage. De fait, l’administration Trump derrière Stefen Miran s’est saisie du sujet. Il y a eu début 2025 un appel à une refondation qui jusqu’ici n’a pas été formulée.

A cette réserve près le livre exprime une énergie sympathique et positive et propose des pistes d’action dont le lecteur jugera de la pertinence, aussi bien pour les acteurs économiques que pour les pouvoirs publics et leur organisation afin d’organiser dès à présent l’après-chaos.

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