Le monde change…

Ce discours a été prononcé en introduction de la manifestation Time to Change de l’Af2i (Association française des Investisseurs Institutionnels ) organisée par Option Fiance et Green Univers, qui s’est déroulé du Lundi 24 mars au mercredi 26 mars 2025 au CID à Deauville, avec plus de 700 participants.
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Aujourd’hui c’est donc une quatrième édition de TIME TO CHANGE qui va se dérouler dans un contexte où cette expression prend toute sa dimension.
Le monde change et vous savez combien l’Af2i est attentive à anticiper ces changements qui interviennent dans ce que nous appelons le temps long. Ces changements il ne faut pas les rater car ils déterminent la réussite de l’investissement à long terme. Voir le monde changer et en comprendre les déterminants rendent nos métiers passionnants.
Le monde change. Il y a quatre ans ce changement nous le voyions ensemble se profiler avec le lancement de la transition énergétique et les politiques climat. Nous avons vu et participé au développement de nombreuses initiatives. Nous avons vu l’implication de beaucoup d’acteurs que nous avons reçus au fil des 3 éditions précédentes : entrepreneurs établis ou start up, élus locaux ou syndicalistes
Le monde change. Il y a deux ans en 2023 ici même, nous vous avions relayé le lancement en janvier 2023 de notre initiative « 19 propositions et recommandations pour tenir compte d’un environnement géopolitique, économique et financier radicalement nouveau. »
Oui, déjà, avec raison en 2022 nous avions qualifié comme radicaux des changements sur des sujets cruciaux, je dirais plus classiques, géopolitiques évidemment, mais aussi économiques avec l’organisation des supply chains et bien sûr la fin de l’argent gratuit et le retour de l’inflation.
Tout s’accumulait pour faire du changement un impératif encore plus impérieux. Et nous avions regroupé ces 19 propositions autour de trois axes :
- La promotion de l’investissement institutionnel,
- Le rapprochement des investisseurs institutionnels et des entreprises,
- L’innovation financière maîtrisée.
Ces propositions restent valables et nous allons les revisiter en 2025. Pourquoi ? Par ce que le monde change encore !
Le monde change, c’est la suite logique des évènements qui, comme nous le pensions, constituaient des changements qualifiés de radicaux car ils interdisent tout retour en arrière.
Ainsi la défense revient en haut de la pile. Là aussi notre analyse nous avait conduit à traiter ce point en 2022 en groupe de travail et à rédiger un dossier intitulé « l’ESG et le financement des industrie de la défense ». Et ce stade, il faut que je vous livre un scoop. Nous avons épuisé le deuxième tirage de ce dossier, nous en sommes à plus de 5 000 exemplaires diffusés, et ce, malgré la disponibilité d’une version numérique sur notre site.
Le monde change. Et plus que jamais à l’Af2i, nous sommes déterminés à anticiper les changements et à les suivre.
Dans cet ordre d’idée, vous trouverez notre dernier dossier annoncé l’année dernière et paru en septembre 2024 « Titres de créances et nouvelles procédures d’insolvabilité ».
Pour l’année à venir 4 groupes de travail ont été lancés. Je précise que ces groupes de travail sont constitués ponctuellement pour traiter d’un sujet ou d’un thème. Ils peuvent regrouper des membres actifs institutionnels et des membres partenaires, société de gestion cabinet de conseil ou d’actuariat.
La fin d’année devrait être donc très active en publication.
Toutefois je voudrais maintenant insister sur deux thèmes :
Le premier est le S pour social de l’ESG.
L’ESG est l’acronyme qui a résumé largement des objectifs majeurs qui ont été suivis ces dernières années. Si nous continuons à l’utiliser on peut dire que :
Le G pour gouvernance a mobilisé beaucoup d’efforts depuis 20 ans. Il a fait l’objet de lois et de règlements et de rapports divers, réguliers ou non, de la part des autorités.
Le E pour environnement bien sûr rassemble des objectifs cruciaux avec l’action internationale autour des COP. Nous avons accueilli hier le président de la COP 30 André Corrêa do Lago qui nous a rappelé les enjeux de cette organisation.
Le GREEN DEAL, le pacte vert européen a traduit l’engagement européen pour l’environnement. Notre monde financier et plus largement les décideurs politiques et économiques, ont concentré leurs efforts sur le E, avec une focalisation sur le climat, et une ouverture vers la biodiversité. L’Af2i d’ailleurs soutient une récente initiative sur ce dernier thème.
Mais nous croyons que le S pour social va devenir dans les prochains mois l’enjeu principal. Certes, dès 2021, TIME TO CHANGE a parlé du S avec la notion de transition juste. Toutefois, le sujet du S ne devrait plus être seulement de limiter ou de partager équitablement l’impact de la transition sur les conditions de vie du plus grand nombre, mais d’obtenir une adhésion plus générale au dispositif global économique et politique.
En effet, ce qui se joue au Etats-Unis est une véritable prise de pouvoir au nom d’une population structurellement perdante depuis des années et qui est devenue majoritaire dans ce pays.
De même, en plus de trente ans l’Europe n’a hélas pas apporté la prospérité pour tous. Dans les pays européens avancés les niveaux de vie de la plupart des régions ont reculé tandis que les nouveaux pays ne les rattrapent pas et stagnent. Vous trouverez une description de ces faits dans notre revue Institutionnels n°75 disponible aujourd’hui ici.
C’était prévisible. Keynes en 1933 avait déjà montré que le libre échange tel qu’il a été pratiqué au sein de l’Europe depuis quarante ans détruit les modèles sociaux. Nous l’avons expérimenté. La construction européenne dans ce cadre n’a donc pas pu créer son modèle social propre représentée par l’émergence d’une classe européenne moyenne aisée conséquente, répartie sur l’ensemble de la zone et dont les conditions de vie seraient proches de la moyenne. Le nombre de cette masse de citoyens donnerait ainsi un sens concret aux moyennes des statistiques affichées.
Aussi nous assistons vraisemblablement à une tentative de retour à une économie politique, teintée de protectionnisme, à rebours de la doctrine déployée depuis les années 1970, car l’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre est vu a minima comme la condition sine qua non de la survie des pouvoirs politiques et de la pérennité du dispositif géo-économique.
Le deuxième sujet est le nucléaire,
en effet, l’Europe n’aura pas la capacité de disposer d’une défense autonome, de tenir ses engagements climatiques et d’améliorer les conditions de vie du plus grand nombre sans disposer d’une source d’énergie abondante et à bas coût.
L’énergie nucléaire aura donc vraisemblablement un rôle plus important que les plans européens ne le laissaient prévoir et ce, malgré les oppositions traditionnelles notamment allemandes. A cet égard nous travaillons actuellement sur ce thème.
Enfin pour conclure, comme vous le verrez dans quelques instants cette action repose sur un engagement et un travail assidu d’un certain nombre d’entre nous au sein des commissions, et des groupes de travail. Vous allez en avoir un aperçu dans quelques instants. Je saisis cette occasion pour remercier tous ceux qui s’y consacrent et appeler tous nos membres actifs à les rejoindre.