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Confrontations

Etonnant de choisir un tel titre pour démarrer l’année ?

Si nous avions suivi le fil des commentaires les plus lus depuis quelques mois, il aurait fallu parler du retour de l’incertitude. Pourtant, de notre point de vue, cela aurait conduit à se contenter de décrire des effets, plutôt que d’évoquer des causes. Certes les descriptions sont intéressantes en soi, mais elles ont un intérêt limité si on s’en contente, car ce qui est essentiel est de comprendre pour ne pas subir.

Dans les métiers de l’investissement à long terme, les professionnels savent que la performance est plus le résultat d’actions réfléchies fondées sur des expertises que de réactions aux mouvements sur les marchés. C’est d’ailleurs ce qui fait la spécificité de l’investissement à long terme, il faut mettre en œuvre une capacité à se dégager du mouvement des marchés, c’est-à-dire des modes et du concours de beauté permanent qu’ils organisent, en reprenant les mots de Keynes, pour construire des positions d’investissements qui contribueront dans la durée à conforter les ressources des institutions destinées à offrir un meilleur service à leurs clients ou à leurs ayants droit.

Or, aujourd’hui, ce qui semble le plus approprié pour décrire l’ensemble des évolutions actuelles est de diagnostiquer une montée à la fois des confrontations de toutes natures et surtout de la prise de conscience de leurs importances pour anticiper leurs évolutions éventuellement conflictuelles. Certes la confrontation est un mouvement naturel et permanent entre individus, entreprises et pays, mais depuis une quarantaine d’année, après la chute du mur de Berlin, cette réalité a progressivement disparu de l’espace politique, médiatique et donc du tableau de bord des citoyens comme des décideurs de toutes natures. Une vision spécifique du monde l’a remplacée. La coopération s’est imposée comme la première des réalités avec pour conséquence la création d’interdépendances. Présentée aux populations comme évidemment toujours favorable, cette coopération s’est établie apparemment sans autorité surplombante par l’adoption par consensus de règles souvent présentées comme scientifiques. Ces règles avaient pour but d’organiser la coopération de tous les pays, leurs échanges et leurs investissements, sans tension, ni conflit en augmentant globalement le bien-être pour tous. Ce fut le temps des grands accords internationaux et, en Occident, le basculement des démocraties représentatives dans des régimes qualifiés de post-démocratiques, car ils ont été alors structurés par l’adoption d’ensembles de règles issues de chartes, de conventions et d’accords internationaux, éventuellement surveillés par des instances judiciaires supranationales et non plus par des délibérations approuvées démocratiquement.  

Sciences et techniques, développement économique, santé et alimentation, politiques climatiques et durabilité tous ces sujets et bien d’autres ont fait l’objet de cette mise en place de coopérations voulues planétaires. Pendant toutes ces années, il y a eu des conflits internes ou externes, certains allant jusqu’à la guerre, souvent très meurtrière pour les populations civiles, mais ils furent intégrés à cette vision en étant considérés d’un point de vue moral comme des transgressions condamnables de cet ordre modelé par des règles justes.

Pourtant depuis plus de quinze ans la montée des situations qui auraient pu être identifiées comme discordantes dans ce concert, étaient là.

Sur le plan intérieur dans la plupart des pays occidentaux les partis politiques dit de gouvernement qui avaient mis en place ces dispositifs ont été contestés parfois renversés, notamment aux États-Unis. Le caractère optimal du système des échanges internationaux et de ses impacts sur la vie des citoyens ne fait donc plus consensus.

De même, au niveau des pays, les politiques américaines de containment face à la montée de la puissance Chinoise initiées par le président Obama, et bien sûr l’évolution des relations avec la Russie depuis la guerre avec la Géorgie (2008) auraient dû alerter sur la fragilité, voire l’irréalisme de cette vision. Même l’attaque de l’Ukraine par la Russie en 2022, ne l’a pas remise en cause notamment en Europe où le rapport Draghi en 2024 parle surtout de compétitivité, un des concepts centraux d’un monde voulu essentiellement coopératif.  

Il aura fallu attendre 2025 et les discours et surtout les initiatives du président Trump et de son Administration pour faire émerger des doutes sur la pertinence de cette vision globale collaborative. La lecture de la Stratégie nationale de sécurité des Etats Unis diffusée début décembre 2025 (NSS 2025) devrait achever de convaincre. La confrontation des États-Unis avec la Chine, même peu citée, est au centre de ce document. Pour y faire face cette NSS 2025 décrit la nécessité de la puissance, l’affirmation d’une souveraineté qui rejette le multilatéralisme et les organisations internationales, ainsi que la volonté de contrôler « notre hémisphère » dans lequel l’Europe se doit d’être constituée de « pays alignés » sur le nouvel axe américain.

Sur le plan économique et financier les conséquences de cette nouvelle stratégie restent à écrire. Mais si la NSS 2025 acte le retour à un monde multipolaire, une situation qui avait disparue après l’effondrement de l’URSS, cela devrait entraîner des conséquences notables sur l’ordre monétaire international, aujourd’hui centré sur le dollar, et qui est resté très stable depuis la dernière crise asiatique de 1997 car il a été conforté par une domination américaine incontestée. Depuis trois ans les banques centrales des pays asiatiques se préparent à ces changements en accumulant de l’or à raison de plus de mille tonnes par an.

L’année 2026 s’annonce donc cruciale après une année 2025 déjà fertile en évènements. Souhaitons qu’elle nous permette de vivre, sinon la fin, du moins une forte réduction des guerres en Ukraine et au Moyen Orient pour alléger la souffrance des populations. Souhaitons aussi de ne pas voir d’autres guerres s’enclencher sous l’effet d’un durcissement de confrontations et surtout celle avec la Chine. Pour l’Union Européenne, malgré l’absence d’échéances électorales, 2026 devrait la mettre face à des questions que certains pensent existentielles (je partage ce point de vue) tant la NSS 2025 rompt avec le discours dans lequel elle s’est construite. L’absence de projet politique, le blocage et la réduction des ambitions du Green Deal fragilisent un pouvoir qui s’est concentré, peut-être excessivement, entraînant une rigidité et une difficulté à s’adapter aux nouveaux contextes.

Pour l’Af2i l’année 2025 a été très active, rythmée par des évènements réussis et devenus récurrents (Les vœux, Time to Change, l’enquête Af2i-L’Agefi, la restitution du questionnaire ESG) mais aussi nouveaux (Objectif souveraineté avec la CDC) mais également par des groupes de travail très suivis qui ont donné lieu à des parutions notamment en novembre le dernier dossier de l’Af2i « ESG et financement du nucléaire civil ». L’année 2026, avec laquelle le plan stratégique 2024-2026 s’achèvera, s’annonce aussi productive, car l’évolution du contexte entraîne de nouvelles questions à traiter ensemble. L’équipe de l’Af2i sera présente pour y répondre avec tous les membres.  

Enfin pour conclure, malgré un contexte pour le moins délicat, permettez-moi de souhaiter à toutes les institutions et à toutes les entreprises membres de l’Af2i une excellente année 2026. J’y ajouterai personnellement des vœux très chaleureux de santé et d’épanouissement dans leurs activités professionnelles et personnelles adressés à toutes celles et tous ceux qui participent et œuvrent au sein de l’Af2i.

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