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Et si Trump est dans la logique de Périclès, alors…

Texte tiré de l’éditorial de Institutionnels n°75, la lettre trimestrielle de l’Af2i, l’Association française des Investisseurs Institutionnels de mars 2025. Est proposée une lecture du projet du Président Trump et des ses alliés ainsi que ses conséquences sur une future politique américaine sociale et économique.

Beaucoup de sujets agitent le monde politico-médiatique. Pour ne citer que ceux qui concernent directement l’Europe, la plupart sont liés à des initiatives des Etats-Unis et de son nouveau président. Au premier rang les questions de politiques étrangères et stratégiques : il y a l’Ukraine, la défense européenne, l’attitude présente et future avec la Russie et avec la Chine, la simplification administrative, et celle des normes ESG et climatiques, le rejet du wokisme, le régime de la vérité (censure, réseau sociaux, fake news), sans oublier « l’urgence climatique » (censure, réseaux sociaux face aux influences et fake news) et l’avenir du Green deal, les déficits et l’endettement généralisé, ainsi que la poursuite de la déstabilisation des systèmes politiques avec la montée des partis contestataires.

Nul ne peut aujourd’hui échapper à la question : que se passe-t-il aux Etats-Unis ? Nous avons déjà esquissé une piste euristique dans un récent article[1]. Nous y faisions le parallèle entre Périclès et Trump, ainsi qu’entre Athènes, il y a vingt-cinq siècles, et les Etats-Unis en ce début de l’année 2025. Les ressemblances sont frappantes que ce soit en termes de politique intérieure, de situation géostratégique ou bien encore monétaire avec le statut de la drachme à la chouette athénienne et le dollar. Si nous poursuivons cette piste que peut-on dire alors ?

Aux Etats-Unis, cette prise de pouvoir est toujours en cours. En poursuivant le parallèle avec Périclès, on peut estimer que, contrairement à 2017, le Président Trump ne se contente pas apparemment d’un poste prestigieux dont les pouvoirs ne sont pas seulement définis par une constitution, mais aussi sont concédés par des forces diverses au terme d’un équilibre.

En effet, le nouveau président veut renverser cet équilibre qui a installé un dispositif économique, social et politique qu’il juge fonctionner au détriment de la majorité des Américains. Le président Trump ne prend donc pas un pouvoir au sein d’un système mais contre ce système. Comme à Athènes au temps de Périclès, l’enjeu est donc de dégager les Etats-Unis du pouvoir exercé par différents centres installés en réseaux, concurrents certes, mais d’accord sur les grandes lignes. Toutefois rien n’est simple, le fonctionnement en réseau de ces centres de pouvoir, rend très difficile une prise de pouvoir « tranquille ». Ce réseau de pouvoirs n’est pas limité aux seuls Etats-Unis mais s’étend à tous les pays sous son hégémonie, notamment l’Europe. C’est donc un remaniement profond ce réseau qui est alors nécessaire aux yeux du président Trump et de ceux qui le soutiennent.

Comme Périclès le fit naguère, le point d’appui est l’adhésion populaire. Pour chaque décision, le levier actionné est la réaction populaire qui est mise en avant avec éclat face à un comportement, une pratique, un financement qui choque, etc. D’une certaine façon c’est un processus de type révolutionnaire où selon la formule « ce qui était adoré est brulé et ce qui était rejeté est dorénavant promu », et dans lequel on s’efforce de montrer le « vrai » visage ce qui était présenté comme le camp du bien, et de la vertu, etc. Tous les détenteurs de pouvoirs politiques, économiques ou autres, sous le Président Biden aux Etats-Unis ou en Europe, peuvent être donc sciemment déstabilisés.

Pourtant, malgré les discours médiatiques actuels, il faut avoir conscience que cette prise de pouvoir aussi radicale qui est toujours en cours, qu’elle remporte ou non le succès, ne nous dit rien sur la suite. Notamment, on ne peut pas préjuger de la pérennité ou du changement des choix stratégiques mondiaux majeurs appliqués depuis cent ans par les Etats-Unis, dans le cas où cette prise de pouvoir réussirait.

Aujourd’hui on peut seulement dire que les dirigeants européens sont publiquement dénoncés pour des politiques adoptées contre la majorité de leurs peuples. Ils sont mis face à leurs échecs ou incompétences attestées par les conséquences de leurs abandons de moyens de défense intérieure et extérieure.

De fait, si l’objectif actuel est principalement politique, les critères de réussite du président américain devraient donc changer. Ce n’est plus le PIB ou l’évolution de Wall Street. Les nouveaux « KPI » seront les arrivées de dirigeants neufs et l’application de décisions facilitant la vie des Américains moyens, et ce afin de renforcer et de pérenniser l’adhésion populaire déjà par deux fois mobilisée. En conséquence, de façon implicite, ce pourrait être l’annonce d’un New Deal paradoxal car il devrait s’installer dans un contexte économique présenté comme le meilleur en Occident mais vécu par l’américain moyen comme très pénible.

Une profonde restructuration économique pourrait donc s’amorcer. La question du jour n’est plus de l’ordre de la gestion ou de la réforme d’un dispositif jugé sclérosé. Jusqu’où ira ou pourrait aller cette restructuration ? Là est la grande question.

En prenant le prisme ESG, si la prise de pouvoir se concrétise, la pérennisation de ce pouvoir devrait logiquement au moins pendant un certain temps mettre en avant le S au détriment des objectifs climatiques portés par le E.

Après plus de 40 ans de déconstruction[2] de l’édifice social issu des années 1930[3] et 1960[4], devraient être engagées des mesures favorables à l’américain moyen, et un soutien structurel aux activités locales etc.


[1] Cf. Le FigaroVox du 10 mars 2025.

[2] Avec notamment dans les années 1980 le retour de la doctrine Lochner aux Etats-Unis, voir par exemple  notre recension de l’ouvrage de Sohrab Ahmari, Tyrannie &Co, Salvator 2024, parue dans Institutionnel n°73 de septembre 2024…

[3] Le New Deal de Roosevelt

[4] La lutte contre la pauvreté de Johnson

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