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Le président Trump, un nouveau Périclès ?

Cette chronique est a été publiée le 10 mars 2025 dans le site FigaroVox

Depuis l’élection américaine, rien de nouveau n’est dit. Les mêmes phrases tournent et prolongent le discours qui s’est construit pendant la campagne électorale. Et pourtant, les lignes bougent. Les ralliements se multiplient. Ce qui n’était qu’hypothétique est devenu vraisemblable et même bientôt sera en cours de réalisation.

Pour essayer de discerner des futurs possibles, faisons un retour dans un lointain passé celui de l’apogée de la démocratie athénienne au temps de Périclès au Vème siècle avant J.-C. Certes, avec 25 siècles de distance, les débats entre spécialistes peuvent rendre malaisée une présentation simplifiée.Mais il faut le tenter car on retrouve bien des points communs entre la démocratie athénienne sous Périclès et la situation des Etats-Unis avec M. Trump[1].

Athènes, comme toutes les citées grecques, avait vu sa monarchie s’affaiblir au bénéfice d’un gouvernement où le peuple était apparemment souverain mais, en fait, était dominé par les plus riches familles (les eupatrides), qui s’affrontaient pour tenir les rênes du pouvoir. Certains analystes décrivent ainsi le système américain. Périclès, comme Trump, était de mœurs assez libres, avait divorcé et vivait avec une femme brillante et influente. Il se présentait, comme lui de façon modeste, il soignait ses discours et il savait retourner une assemblée.

Vers 462/461 av. J.-C. Thémistocle ayant été ostracisé[2], le mentor de Périclès, Ephialtès fait supprimer l’Aéropage, le conseil des aristocrates et lui retire tous ses pouvoirs par une décision de l’Ecclésia, l’assemblée populaire. Périclès, bien qu’étant lui aussi un eupatride, prend alors la direction face aux autres eupatrides. Il redonne le pouvoir au peuple en s’appuyant sur l’Ecclésia. Sa fortune, plus limitée que celles de ses adversaires, ne lui permettait pas de les égaler en libéralités, il lui avait fallu trouver un autre moyen pour assoir son pouvoir. Cela rappelle, une fois encore, D. J. Trump, milliardaire certes, mais beaucoup moins riche que d’autres, qui s’est appuyé sur le peuple pour faire face aux élites.

Beaucoup de points communs, donc, dans ces deux histoires. La prise de pouvoir se fait contre ses homologues, en profitant de l’insatisfaction populaire vis-à-vis de ces deniers. C’est l’exploitation de la rupture entre Eux et Nous qui a fait gagner en 2016 D.J. Trump et lui a permis en 2024 de reprendre le pouvoir. Au VIème siècle, Athènes avait déjà connu une période de concentration des richesses à laquelle Solon avait mis fin brutalement. Mais l’accumulation avait repris. La concentration des patrimoines aux Etats-Unis, l’écrasement de la classe moyenne et la stagnation de leurs revenus montrent que les riches ne savent (veulent ?) plus arrêter cette accumulation.

A l’extérieur, pour faire face aux perses, Thémistocle avait créé la ligue de Delos en regroupant les cités grecques pour fiancer une flotte. Sur 160 cités, seules trois construisaient des bateaux, les autres payaient le phoros (un tribut) à Athènes qui s’en chargeait. L’OTAN, s’est ainsi constituée comme alliance face au péril soviétique. Seuls quelques pays maintiennent un outil de production de matériels militaires conséquent, les autres commandent aux Etats-Unis.

Quelle fut alors la politique menée par Périclès pendant plus de trente ans et dont la réussite lui assura la renommée en faisant du Vème siècle av. J.-C. le siècle de Périclès ?

On peut soutenir que Périclès s’est appuyé sur deux dynamiques. La première c’est la transformation de l’hégémonie dont bénéficiait Athènes avec la ligue de Délos, en impérialisme. Cet impérialisme lui a permis de doubler le tribut et surtout, et c’est la deuxième dynamique, d’imposer l’argent-métal et la monnaie d’Athènes, la drachme à la chouette, comme monnaie à ses alliés devenus vassaux, en valorisant ainsi les mines du Laurion ouvertes par Thémistocle. Les revenus de l’hégémon et la richesse minière lui permirent de financer ses largesses sociales et les efforts de guerre, et finalement de donner à la démocratie trente ans de rayonnement.

Si l’on revient aux Etats-Unis, on pourrait facilement faire un parallèle avec la transformation des alliés de l’OTAN en vassaux en regardant l’extension extra territoriales des lois américaines, l’intrusion des services de renseignements, le poids des banques d’affaires, la maîtrise des organisations financières internationales, etc. et en regardant l’usage exclusif du dollar pour l’échange des biens essentiels (énergie, équipement, électroniques..) qui s’appuie également sur le statut de premier pays producteur de pétrole. La richesse pétrolière américaine est ainsi le pendant de la richesse minière athénienne et lui permet d’adosse un dollar sur une vraie richesse, comme la drachme le fut et d’en émettre sans limite apparente.

Le président Trump dans son discours d’investiture a dit que les Etats-Unis sont entrés dans un âge d’or. Il suit le chemin de Périclès, comme lui, il se propose de faire rentrer le tribut, voire de le doubler, il l’a annoncé. Les pouvoirs démocratiques augmenteront, c’est vraisemblable, il faut bien tenir à distance les plus riches. Il peut donc réaliser cet âge d’or promis. Mais pour la suite, il faut s’inquiéter car Périclès dut faire face à Sparte et aux cités qui contestaient l’hégémonie d’Athènes. Le siècle de Périclès s’est terminé avec la guerre du Péloponnèse et Athènes ne retrouva jamais sa puissance initiale. Les romains auraient pu dire alors sic transit gloria mundi


[1] Cf. Maxence Hecquard, les fondements philosophiques de la démocratie moderne 3ed. Pierre Guillaume de Roux 2016 ; Jacqueline de Romilly, Problèmes de la démocratie grecque, Hermann, 2006 ; l’article Périclès de Wikipédia.

[2]Ostracisé, c’est-à-dire banni pendant 10 ans de la Cité, cette peine punissait ceux qui voulaient devenir tyrans. Aujourd’hui cet ostracisme se fait par éviction de la vie publique par média interposés et par procédures judicaires.

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