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Le grand paradoxe actuel

En effet, d’un côté on pourrait diagnostiquer que nous basculons de plus en plus nettement dans ce qui peut être qualifié, pour une fois sans exagération, de changement d’époque. 

Oui, changement d’époque, car chaque annonce imprime une marque plus profonde qui transforme l’organisation économique et politique de nos pays occidentaux. Une volonté s’affiche clairement, celle de détruire rapidement des équilibres de pouvoirs qui ne pourront donc pas, comme en 2021, être remis en place en quelques semaines par une floppée d’executive orders.

Tous les sujets, internationaux, stratégiques et économiques mais aussi et surtout internes aux Etats-Unis sont abordés. Ce dernier domaine pour moi est le plus coriace, il est toujours en cours, mais c’est le plus crucial, y compris à moyen terme pour nous européens.

Mais d’un autre côté, si nous regardons l’évolution des économies et des marchés, j’oserai dire : jusque-là tout va bien. Certes il y a des points noirs, nous les connaissons tous, pas besoin de les nommer, mais les marchés actions restent à haut niveau et les portefeuilles ont retrouvé depuis deux ans des rendements courants bien appréciées. 

Mais je crois que cela serait imprudent car il faut prendre la mesure des transformations en cours pour s’y adapter.

Confrontation le mot est dur. Certes la confrontation est un mouvement naturel entre individus, entreprises et pays, mais depuis la chute du mur de Berlin, cette réalité a progressivement disparu de l’espace politique, médiatique et donc du tableau de bord des citoyens comme des décideurs de toutes natures. Une vision spécifique du monde l’a remplacée. La coopération s’est imposée comme la première des réalités avec pour conséquence la création d’interdépendances. Présentée aux populations comme toujours favorable, cette coopération s’est établie par l’adoption par consensus de règles souvent présentées comme scientifiques. Ces règles avaient pour but d’organiser la coopération entre tous les pays, leurs échanges et leurs investissements, sans tension, ni conflit en augmentant globalement le bien-être pour tous. Ce fut le temps des grands accords internationaux et, en Occident, le basculement des démocraties représentatives dans des régimes qualifiés de post-démocratiques, car ils ont été alors structurés non plus par des délibérations démocratiques mais par des règles issues de conventions et d’accords internationaux. Certes, ne soyons pas complètement naïfs, cette coopération était aussi le reflet de l’hégémonie américaine qui pouvait donc dicter ses lois au Monde et les faire respecter.

Il aura fallu attendre 2025 pour faire émerger en Europe des doutes sur la pérennité et la pertinence de cette organisation collaborative. La lecture de la Stratégie nationale de sécurité des Etats Unis diffusée début décembre 2025 (NSS 2025) devrait achever de convaincre. Lisez-la ! La confrontation des États-Unis avec la Chine, même peu citée, est au centre de ce document. Pour y faire face cette NSS 2025 décrit la nécessité de la puissance, l’affirmation d’une souveraineté qui rejette le multilatéralisme et les organisations internationales, ainsi que la volonté de contrôler « notre hémisphère » dans lequel l’Europe se doit d’être constituée de « pays alignés » sur le nouvel axe américain.

Dans cette perspective, l’Europe devrait donc faire face à la perte de l’illusion de se voir en puissance consommatrice et normative à défaut d’être une puissance productive. L’Europe devrait donc ajuster sans trop tarder ses paradigmes fondateurs. A l’ouverture, et à la compétitivité auxquelles l’appelait le rapport Draghi, devraient succéder la recherche de la puissance et de la maîtrise des besoins fondamentaux de sa population : sécurité, énergie, alimentation et santé. 

L’année 2026 s’annonce donc cruciale après une année 2025 déjà fertile en évènements. Souhaitons donc de ne pas voir d’autres guerres s’enclencher sous l’effet du durcissement de confrontations en affrontements et surtout avec la Chine.

En 2026 est donc à écrire. Comment s’y prendre ? Faut-il continuer : business as usual en reproduisant nos comportements des années passées ?

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